Rencontre avec Lionel Sabatté
Exposition "Un désir Souterrain"

Loup de poussière de Lionel Sabatté

Ma visite de l'exposition « Un désir souterrain » de Lionel Sabatté
De passage à Saint-Cirq-Lapopie, à la Maison Daura et à la Maison des arts de Cajarc pour le vernissage, j'ai beaucoup aimé la double exposition personnelle de Lionel Sabatté, intitulée Un désir souterrain.
Conçue en résonance avec ses séjours de recherche artistique dans le Quercy et ses visites de la grotte de Pech Merle, cette proposition montre à quel point l'art animalier contemporain sait se renouveler à travers la matière.
Ici, la figuration ne naît pas d'un dessin académique, mais d'une véritable sédimentation des composants. Un travail passionnant sur la perception et la texture.

Série Pelages, 2026, laine tissée et technique mixte (fils de laine, huile et brou de noix) 200 x 200 cm

Laine tissée et technique mixte (fils de laine, huile et brou de noix) 200 x 200 cm
L'expression de la fibre et de la matière
Dès l'entrée de la salle d'exposition du Centre d'Art Contemporain à Cajarc, le regard est capté par des pièces de grand format. L'analyse technique de ces œuvres révèle un processus rigoureux.
L'artiste utilise un support de laine tissée qu'il sature de brou de noix. Ce pigment naturel crée des nuances d'ocres et des profondeurs terreuses qui rappellent la patine des parois rocheuses.
Des fils de laine et de l'huile appliqués en sur-épaisseur viennent structurer la surface. Ces entrelacs sombres fonctionnent comme des lignes de force, évoquant des racines ou des flux organiques.
C'est l'exactitude de la répartition de ces masses claires et sombres qui déclenche une paréidolie structurelle. La silhouette n'est pas cernée par un trait, elle émerge de la confrontation brute des matériaux.
Poil de brebis et dessins minimalistes

Sur les murs de la Maison Daura, le contraste est saisissant avec des œuvres encadrées d'une grande légèreté. Ce que l'on pourrait prendre de loin pour un tracé au fusain est en réalité un dessin réalisé avec des poils de brebis.
Lionel Sabatté dispose de fins filaments de laine locale sur le papier. Par un agencement millimétré de ces fibres volatiles, une silhouette apparaît. La forme naît littéralement de la matière animale elle-même, jouant avec l'économie de moyens pour suggérer l'animal.
Un loup, créature naissant de moutons de poussière

Au sol, une de ses célèbres sculptures de loup habite l'espace.
Le procédé de fabrication est unique : l'artiste agglomère des matériaux résiduels, des poussières et des peluches de tissus collectées dans la station de Métro Châtelet les Halles à Paris.
Le résultat donne un aspect compact, rugueux et friable, proche d'une concrétion géologique. Saisis dans une posture dynamique, comme ce loup hurlant à la lumière, ces volumes semblent extraits des profondeurs du sol.
Cette exposition réussit à prouver que dans l'art animalier, l'évocation peut être plus puissante que la simple description. En utilisant le poil de brebis, la poussière ou le brou de noix, Lionel Sabatté crée un terrain propice à la découverte des formes et des volumes. C'est notre propre cerveau qui, face à la justesse de ses textures, reconstitue la présence du vivant. Une démarche plastique forte et maîtrisée, à découvrir à Cajarc et à Saint Cirq Lapopie.
